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Repenser la ville de demain : Chloe Perrier (E 2024) et l’habitat low-tech

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01.26.2026

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai débuté, comme la plupart, par une classe prépa à l’issue de laquelle j’ai intégré l’École Centrale Nantes. Choisir cette école à la suite de mes concours n’était pas anodin ; c’est en partie pour les engagements environnementaux reconnus de Centrale Nantes que je suis ici. Je suis maintenant en deuxième année, en option Ingénierie low-tech. Celle-ci est très particulière puisqu’il s’agit d’une option « projet » : au lieu de la structure classique cours/travaux dirigés/partiels, nous menons un unique projet sur toute l’année avec les 10 étudiants de l’option et profitons d’intervention d’experts sur des sujets directement applicables au projet.


Chloé PERRIER (E 2024)

Étudiante en deuxième année d’école d’ingénieure à Centrale Nantes, en option Ingénierie low-tech. 


Animée par une profonde sensibilité aux enjeux environnementaux et écologiques, elle a à cœur de développer des solutions low-tech capables de repenser la ville de demain, en privilégiant la sobriété, la résilience et l’ingéniosité accessible à tous.




 Qu’est-ce que la low-tech ?

Selon moi, la low-tech est une philosophie, qui s’applique à une grande variété de domaines - objets techniques, services, habitats, etc - et qui repose sur quatre principes clés, qui sont l’utilité, la durabilité, l’accessibilité et la collaboration. Le premier consiste à repenser ses besoins pour limiter les consommations inutiles, le deuxième vise à réduire l’empreinte environnementale de ce que l’on produit et que l’on utilise, le troisième a pour objectif de rendre les solutions socialement, financièrement et conceptuellement acceptables, et le dernier cherche à encourager la création de réseaux de partage de ressources et de savoir.

 

Pourquoi avoir choisi cette option en particulier ?

C’était à force d’entendre, encore et encore, tout ce qui n’allait pas dans la manière dont nous exploitons notre environnement et négligeons notre planète, que j’ai eu la volonté de faire changer les choses, à mon échelle. Ainsi portée par un intérêt profond pour les questions environnementales dès le collège, je me suis engagée progressivement jusqu’à occuper, ici à Centrale Nantes, le poste de secrétaire écolo au Bureau des Elèves et celui de Présidente du club Centrale Nantes for Earth - et à rejoindre l’option Ingénierie low-tech en deuxième année.

 

Parlons un peu plus de votre projet : en quoi consiste-il ?

L’idée principale est de travailler sur la construction et la rénovation de l’habitat. Comme c’est assez vaste dit comme ça, une maison dédiée à l’option Ingénierie low-tech, en Bretagne, permet de cadrer plus précisément le projet, notamment en supposant qu’un couple avec deux enfants y vivrait. On étudie alors différents scénarios de vie – si les deux parents travaillent en présentiel ou s’ils télétravaillent, etc – qui induisent des changements importants des consommations, et donc des besoins dans la maison.

 

Quel est le role de Kerlotec Gremm, l’entreprise avec laquelle vous travaillez ?

Elle nous met à disposition la maison servant de cadre d’étude et nous a globalement donné le contexte, ainsi que certaines ressources faisant état de l'art des solutions low-tech. Certains prototypes, tel que le capteur à air chaud, nous ont été imposés. Ils nous apportent aussi des financements pour l’achat des matériaux nécessaires aux prototypes, et nous leur faisons régulièrement retours et rendus.

 

A terme, quels sont les objectifs de ce projet ?

Le but est de rendre, à terme, un livre blanc. Il servirait de ressource complète pour les professionnels du bâtiment afin de leur faciliter l’intégration de solutions low-tech dans la construction et la rénovation de l’habitat. Il serait également plutôt générique afin de pouvoir s’adapter facilement à différents types de bâtiments.

 

Stand de l’option au forum séisme à Rennes
L’équipe en entier
Stand de l’option aux fêtes de la science
L’équipe au Fablab


Quand on parle de “ville de demain”, a quoi penses-tu ?

Je dirais que la ville de demain est un écosystème où l’humain et la nature retrouvent leur place centrale. Une ville qui met en valeur les liens humains, l’art, l’artisanat, la nature et qui priorise le bien-être et les besoins humains. L’énergie et les matériaux sont locaux, sobres, et recyclés, tandis que l’eau et les déchets sont gérés en circuit court. Cette « ville de demain » n’est pas un rejet du progrès, mais une réinvention joyeuse de notre rapport au monde : moins de technologie envahissante, plus de liens, de créativité et de respect du vivant.

 

En quoi la démarche low-tech peut-elle contribuer à réinventer nos manières d’habiter et d’aménager le territoire - urbain ou rural ?

Penser low-tech avant de construire consisterait à adapter spécifiquement l’aménagement et l’habitation du territoire en fonction des ressources disponibles au sein des différentes zones géographiques - matériaux, savoir-faire, climat, ensoleillement, etc. Les structures ainsi conçues seraient donc spécifiquement en adéquation avec les conditions réelles du territoire, plutôt que standardisées. Par exemple, en zone rurale, valoriser les matériaux vernaculaires comme la terre crue ou le bois, et en zone urbaine, transformer les lieux abandonnés en espaces partagés.

 

Qu’est-ce que cela change, pour toi, d’apprendre à concevoir avec moins de ressources plutôt qu’avec toujours plus de moyens ?

Cela m’a permis de développer un regard critique sur le bâtiment tel qu’il est aujourd’hui, notamment à travers les technologies qui y sont intégrées et les usages qu’on peut en faire.

Au niveau de la conception, cela revient à questionner les besoins et usages plutôt que d’essayer de faire un bâtiment de plus en plus complexe et high-tech, à réfléchir à son démontage dès son élaboration.

Au niveau de la construction, cela encourage à (re)découvrir des savoir-faire et chercher des matériaux en réemploi. Etonnement, il nous a été bien plus simple et largement moins onéreux d’acheter ces derniers. Alors oui, cela prend plus de temps de se déplacer en ressourcerie que de commander en trois clics du neuf, mais au moins pas de soucis de délai de livraison, les produits sont disponibles directement - si on les trouve bien sûr. Et puis quelle satisfaction de donner une seconde vie à des matériaux !

 

Quand tu parles de low-tech autour de toi - a des professionnels du bâtiment ou même a tes proches - quels sont les freins ou les résistances que tu rencontres le plus souvent ?

La plupart des gens ont tendance à imaginer que la lowtech impliquerait une perte de confort et de liberté. Ils associent spontanément la sobriété à un retour en arrière, à des équipements moins performants ou à un quotidien plus contraignant. Cette perception crée un frein important, car beaucoup craignent de devoir renoncer aux outils modernes auxquels ils sont habitués - chauffage constant, automatisation, rapidité, facilité d'utilisation. En réalité, la démarche low-tech ne vise pas à diminuer le confort, mais à le repenser autrement, de manière plus durable, plus simple et plus maîtrisée.

Vous prenez aussi en compte des aspects sociaux et ergonomiques dans votre projet.
Pourquoi c’est important, selon toi, de ne pas se limiter à la performance technique ?

Si l’on veut pouvoir démocratiser les solutions low-tech dans les villes de demain, il est vital de parvenir à changer les états d’esprit. On ne peut pas se contenter de proposer des dispositifs techniquement performants : ils doivent aussi être compréhensibles, agréables à utiliser et intégrés dans le quotidien des habitants. L'ergonomie, l'accessibilité et l'acceptabilité sociale jouent un rôle essentiel, car une solution même ingénieuse ne sera jamais adoptée si elle est perçue comme contraignante ou éloignée des usages réels. C’est pour cela qu’à travers la démarche low-tech, on souhaite proposer un nouvel imaginaire de vie désirable respectant les limites planétaires.

Avez-vous déjà pense à des méthodes pour sensibiliser les habitants ? L'approche est-elle intergénérationnelle ?

A travers les différents forums sur lesquels nous avons l’occasion de nous rendre pour parler de notre projet, nous touchons principalement les générations X et Y. La plupart de ceux qui s’y intéressent travaillent dans la Low-Tech ou aimeraient intégrer la démarche Low-Tech dans leurs activités.

Par la suite, l’objectif est de mieux impliquer les jeunes de notre âge, souvent déjà préoccupés par les enjeux environnementaux de notre siècle. Cela passe par la maximisation des communications faites sur le campus de Centrale Nantes et sur les réseaux sociaux, mais aussi en rendant le format des forums Low Tech plus accessible - notamment vis-à-vis des thèmes abordés - et plus dynamique - via tables rondes, ateliers. A ce titre, j’en profite pour faire passer un message à nos Alumni et aux autres lecteurs : n’hésitez pas à venir au forum Low Tech le 12 mars, une journée dédiée aux réflexions sur de nouveaux imaginaires de vie désirables et soutenables – entièrement organisé par notre équipe sur le campus de l’école !



Article paru dans l'Hippocampe n°128 de décembre 2025

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