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Cycle de vie, réemploi et performance d’impact : Wilfrid DUMAS et le reconditionnement de matériel professionnel

Informations générales

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18/06/2026


Cycle de vie, réemploi et performance d’impact :

Wilfrid DUMAS et le reconditionnement de matériel professionnel


Peux-tu me résumer ton parcours en quelques mots ?

A la suite d’une classe préparatoire, j’ai intégré Centrale Nantes en 2016. J’ai suivi l’option MDBIT - Management of Digital Business and Information Technologies (qui n'existe plus aujourd'hui) - en partenariat avec Audencia, puis Santé en troisième année, la première des options Projet de Centrale.

A la suite d’une césure durant laquelle j’ai pu faire mûrir mes ambitions, j’ai ensuite réalisé un MsC - Master of Science - en entrepreneuriat à HEC pendant un an, durant lequel j’ai rencontré mon associé avec lequel j’ai co-fondé Vesto par la suite en 2020. Nous avons alors participé au Startup Challenge à Lyon, récompensant les projets d’entreprise et de recherche d’étudiants centraliens, et avons remporté le premier prix. Cette distinction a constitué un véritable levier pour le lancement de notre projet, tant sur le plan financier qu’entrepreneurial.

Pourquoi ce choix de spécialisation/d’orientation ?

J’ai toujours été sensible aux enjeux environnementaux. J’ai ensuite commencé à m’intéresser spécifiquement au réemploi lors de mon stage ouvrier, réalisé à la ressourcerie de l’île – la plus importante de Nantes.

Spécialisés dans la collecte et la revente de biens de seconde main, ils réalisaient 600 000 euros de chiffre d’affaires par an en vendant des produits à quelques euros. Réaliser que certaines personnes pouvaient jeter des objets pour lesquelles d’autres étaient prêtes à payer m’a particulièrement fasciné, et m’a poussé à m’intéresser plus particulièrement à ce secteur - ce qui s’est fait naturellement avec la création de Vesto.

Comment le domaine du réemploi a-t-il évolué depuis cette création ?

Par rapport à 2020, j’ai aujourd’hui une vision du réemploi beaucoup plus complète et élargie, notamment vis-à-vis de l’étendue du champ des possibles chez les professionnels.

A l’échelle des particuliers, on a déjà tous pu constater le gaspillage lorsqu’on va faire ses courses ou lorsqu’on se balade dans la rue. Mais à l’échelle des professionnels, ce gaspillage est démultiplié en termes de volume, et sur des équipements qui coûtent une fortune.

Le cadre législatif a par ailleurs évolué avec l’arrivée de normes diverses, obligeant les entreprises du bâtiment à réaliser des diagnostics ressource et à considérer la récupération de matériaux pour du réemploi en amont d’un chantier de rénovation.

Parlons un peu plus de Vesto : en quoi consiste la startup ?

Il s’agit d’une entreprise spécialisée dans le reconditionnement de matériel professionnel. On récupère des équipements de seconde main, qu’on nettoie, qu’on répare, qu’on remet en état et qu’on revend avec une garantie.

Initialement lancée en tant que projet étudiant dans le cadre de mon master en entreprenariat, nous sommes aujourd’hui une cinquantaine d’employés. Nous avons commencé par nous intéresser aux équipements professionnels de cuisine, pour ensuite élargir nos actions aux équipements de froid, de distribution automatique et aux échographes.

Le métier étant assez similaire d’un domaine à un autre, nous avons été en mesure de nous diversifier et de structurer les différentes étapes des flux des systèmes complexes.

Pourquoi avoir choisi au départ de se focaliser sur le matériel de restauration professionnelle, un secteur peu associé à l'économie circulaire ?

Mon associé a réalisé un CAP en tant que cuisinier en parallèle d’HEC. Il était ainsi commis dans un restaurant et s’est rendu compte que, le jour du déménagement de celui-ci, tout a été jeté ou mis sur le trottoir, alors que la plupart des appareils étaient pourtant parfaitement fonctionnels.

Et ce constat est généralisable ! Au CROUS, lieu de restauration pour les étudiants, les équipements de cuisine sont renouvelés régulièrement, principalement pour des questions de taux de panne, d’ergonomie ou de changement d’usage.

Qu'est-ce que Vesto change concrètement pour un client par rapport au modèle classique du neuf ?

Le premier intérêt est économique. Le client paiera, la plupart du temps, la moitié du prix du neuf, ce qui, sur des projets à plusieurs dizaines de milliers d’euros, peut faire une énorme différence.

Le deuxième intérêt est écologique. Le client se fournira en produits plus écoresponsables et limitera ainsi son impact environnemental.

Quelles sont les différences avec les marketplaces comme eBay ou Le Bon Coin ?

Tout est une question de garantie et de qualité. Vesto propose aussi bien la technicité des produits que l’accompagnement des clients, similaire à celui du neuf.

Si la distribution n’est pas au niveau, les professionnels ne pourront pas prendre de risques et n’achèteront pas. Il faut que l’ensemble des processus liés à l’achat d’un nouveau produit soient le plus simple possible pour eux.

Quel a été le plus grand obstacle à surmonter afin de réussir à crédibiliser le reconditionné auprès des professionnels ?

Le plus dur a été - et est toujours - de combattre l’image que la société se fait du reconditionné : si le mot n’est pas associé à une marque, il est souvent perçu comme dénué de valeur, manquant d’une structure propre qui rassurerait les clients.

Beaucoup ne sont dans les faits pas encore alignés sur son sens et remettent régulièrement en cause la qualité des produits reconditionnés - alors qu’ils n’auraient pas l’idée de le faire sur un produit neuf mais défectueux - parce que c’est complètement nouveau pour eux.

La transparence totale est de mise afin d’être en mesure de construire efficacement les standards de la filière du reconditionné : le but est de proposer le meilleur compromis entre prix et qualité en fonction des différents secteurs. Le client doit absolument savoir précisément ce qu’il achète. La création et l’obtention de labels spécifiques, qui témoignent de la légitimité des reconditionneurs, est pour cela primordial.

Mentionnons par exemple le label RecQ – Reconditionnement de Qualité - basé sur des critères d’évaluation à respecter par les professionnels de la collecte, du reconditionnement et de la distribution et qui ont été définis par des acteurs du réemploi.

Celui-ci reste ainsi une filière émergente où tout est encore à faire.

Quel a été, selon toi, le principal apprentissage entrepreneurial depuis la création de Vesto que tu aimerais faire passer aux étudiants ?

Ce qui est important au départ, c’est d’arriver à combiner deux approches très différentes : une approche terrain, très spécifique, qui permet de faire l’état de l’art des problèmes à résoudre, et une approche écosystémique, plus globale, qui donne la possibilité de construire une vision globale du marché et des objectifs de l’entreprise.

La complémentarité entre associés y joue alors un rôle essentiel, en permettant de jongler facilement entre ces deux approches.

Il n’y a rien à perdre à tenter l’expérience de l’entreprenariat en tant qu’étudiant en école d’ingénieur : le temps libre, le peu de charges fixes et la sécurité de l’emploi garantie par notre diplôme constituent un filet de sécurité rare qui nous permet d’oser sans conséquences irréversibles.

Parlons maintenant de la nouvelle boutique parisienne, créée début 2024. Quels en sont les objectifs ?

La boutique est décomposée en trois espaces distincts.

Le premier expose nos produits reconditionnés et de seconde main à la manière d’un showroom, avec pour but de faire la promotion de nos produits.

Le deuxième est un lieu d’accueil et de formation des clients, visant à leur expliquer de manière concrète les réalités du secteur, tels que les enjeux de qualité et de disponibilité des produits.

Le dernier est un lieu de collecte et de récupération des objets de seconde main.

Quelle est ta vision à long terme pour Vesto ?

Notre stratégie est claire : développer de nouvelles filières de reconditionnement. Nous avons actuellement une petite dizaine de partenariats avec des industriels ou sur des secteurs en phase de test, en cherchant à identifier trois éléments : est-ce reconditionnable, est-ce facilement sourçable, et est-ce vendable.

Faire grandir notre production sur nos marchés matures et ouvrir de nouveaux marchés sont ainsi nos deux étoiles polaires principales.

Et à ton échelle ?

Participer au développement de Vesto tout en réussissant à garder un équilibre avec ma vie personnelle est, pour moi, ce qui prime.

En tant qu’entrepreneur, les premières années sont assez difficiles – puisqu’on ne dégage pas encore de bénéfices - et plus on grandit, plus les autres membres de l’entreprise permettent de partager en partie la charge mentale et de faire de bons compromis.

Développer le volet social de Vesto est aussi essentiel pour nous : on privilégie par exemple le recrutement de profils issus de parcours d’insertion ou de chômage longue durée, en leur proposant des processus rodés et un cadre clair – qu’on cherche à structurer au maximum afin de leur rendre la tâche plus aisée.



Wilfrid DUMAS (S2019)

Wilfrid s’engage avec passion depuis son plus jeune âge à transformer les déchets en ressources. Ingénieur Centralien de Nantes (2019), il est persuadé que nous devons revoir profondément nos modes de production et de consommation et a tout d’abord évolué à titre associatif dans des ressourceries. A l’issue d’un master en entrepreneuriat à HEC, il co-fonde en 2020, Vesto, une startup spécialisée dans le réemploi de matériel professionnel.



Article paru dans l'Hippocampe n°129 de mars 2026

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